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Papier Froissés

Ces œuvres naissent d’un geste simple : froisser.

Un geste presque instinctif, parfois nerveux, parfois lent. Le papier de soie — léger, vulnérable — se contracte, résiste, puis cède. Il garde en lui la mémoire de cette pression.

 

Je ne cherche pas à maîtriser totalement la forme. Je provoque une tension, puis j’observe ce qui advient. Les bombements surgissent comme des respirations. Les plis deviennent des failles, des lignes de vie. La surface se transforme en paysage intérieur.

 

La couleur vient ensuite — elle ne recouvre pas, elle infiltre. Elle glisse dans les creux, s’accroche aux arêtes, s’assombrit dans les zones de compression. Les teintes rappellent la rouille, la terre brûlée, la suie, l’eau parfois, non comme imitation mais comme réminiscence d’un processus : celui du temps qui transforme, altère, persiste.

 

Ce travail parle de fragilité, mais aussi de résistance.

Le papier paraît précaire, pourtant il tient. Il se cabosse sans disparaître. Il devient peau, écorce, paroi.

 

Dans cette série, le vide n’est pas silence : c’est une force souterraine.

Il pousse de l’intérieur, il soulève la matière, il la fait frémir.

 

Ces pièces se situent à la lisière de la peinture et de la sculpture. Elles invitent à regarder autrement la surface — non plus comme un plan stable, mais comme un lieu d’instabilité, de tension, d’apparition.

 

Martine Le Normand

 

froissements -

un paysage de rides

respire encore

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